Les Français n’ont pas une bonne éducation au bien-manger. C’est un constat partagé et confirmé par l’étude Opinion Way pour l’Assemblée Nationale, commandée par Olivia Grégoire, Députée de Paris, qui a été dévoilée ce lundi 16 février 2026 afin d’appuyer sa proposition de loi : une expérimentation sur trois ans pour « L’instauration d’un enseignement d’éducation à l’alimentation obligatoire à l’école ». Et les chef.fes français sont particulièrement impliqués sur ce sujet. On vous explique ?
L’étude Opinion Way dévoilée le lundi 16 février par Olivia Grégoire confirme un état des lieux que l’on pressentait déjà : Les jeunes ne font pas toujours la différence entre une courgette et un poireau et, face au rayon légumes, ils peuvent se sentir un peu démunis. Et ce sont les réseaux sociaux qui les aident à trouver des recettes simples. Les achats hors saison sont fréquents, notamment les tomates et les courgettes qui sont souvent consommées toute l’année.


Un consensus pour que l’école s’en empare
Ce que l’on apprend dans l’étude, c’est que les Français souhaitent que l’école s’empare du sujet. Ils estiment qu’ils n’ont pas toujours été élevés dans les valeurs du « bien manger » et qu’ils ont découvert certaines bonnes habitudes bien plus tard : 48 % des Français estiment avoir dû rattraper un « retard alimentaire » une fois adultes. De ce fait, 87 % se disent favorables à un enseignement obligatoire sur l’alimentation à l’école.
Une députée intéressée par le sujet
Nous avions déjà échangé avec Olivia Grégoire qui avait présenté en 2024 une stratégie en faveur du « Rayonnement de la Haute Gastronomie Française » lorsqu’elle était Ministre Déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation. Le sujet de la gastronomie et de l’alimentation la mobilise. Cette fois, elle souhaite mettre en place une éducation à l’alimentation obligatoire à l’école et propose une loi qui peut rassembler l’ensemble des députés.
Pas de bouc émissaire
Le sondage d’Opinion Way dépasse le seul cadre du texte de loi : il explore aussi « les liens entre les parents et les enfants » sur l’alimentation, ainsi que le rôle des médias et des réseaux sociaux. Les résultats montrent un rôle parental parfois insuffisant, des difficultés concrètes pour les familles à endosser ce rôle « d’éducateur au bien-manger » et une attente forte vis-à-vis de l’école. Mais Olivia Grégoire ne met pas les parents en cause : « Je ne jette la pierre à personne. Je cherche des solutions. L’école peut devenir un allié des parents. L’idée n’est pas de les remplacer, mais d’apporter un cadre éducatif commun : un enseignement accessible à tous pour transmettre des repères sur l’équilibre alimentaire, les saisons, les produits et la préparation des repas. »
La répétition du « 5 fruits et légumes par jour » aurait-elle marché ?
Si les saisons ne sont pas bien respectées, et si 1 jeune sur 5 ne reconnaît pas une courgette d’un concombre, Paradoxalement, 81 % des jeunes parents estiment également que leur alimentation est influencée positivement par leurs enfants. Bien souvent, la jeunesse est mieux sensibilisée aux questions environnementales que leurs parents et deviennent des prescripteurs de bonnes pratiques sur ces thématiques. De la même manière, Olivia Grégoire espère que demain, ils deviennent les prescripteurs de leurs ainés pour leur apprendre les saisons et les critères d’une alimentation équilibrée. Et pour ça, il faut que l’école soit un soutien inébranlable de cette mission à long terme et à spectre large.

L’engagement des acteurs locaux et nationaux
Lors d’un colloque organisé en octobre, Olivia Grégoire a écouté les associations et collectifs qui comptent tels que le Collège Culinaire de France ou l’École Comestible, et souligne leur engagement : « Il y a de nombreuses actions associatives particulièrement réussies, et il y a des chefs particulièrement engagées sur leur territoire, je pense à Régis Marcon par exemple. Mais nous devons veiller à ce que toutes ces initiatives locales soient recensées puis déclinées au national pour que l’ensemble des élèves puisse en bénéficier. »
Les chef.fes français sont impliqués
Et des initiatives, il y en a : quasiment tous les chef.fes engagés français sont actifs sur leur territoire, soit pour préparer le repas dans les cantines de leur village, soit pour intervenir en classe ou en sorties scolaires. Régis Marcon est précurseur sur ce sujet, et avec lui toute la famille de St Bonnet-le-Froid, mais d’autres sont également très actifs, comme Christophe Hay, la famille Meilleur à La Bouitte, Jean Sulpice à l’Auberge du Père Bise, Olivier Roellinger ou Mauro Colagreco (nommé ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO, notamment pour les questions d’alimentation, de biodiversité et d’éducation). Il y en a heureusement beaucoup d’autres.
Par ailleurs, une tribune appelant à renforcer l’éducation alimentaire à l’école vient d’être signée par 82 personnalités pour appuyer le projet de loi : parmi eux, Alain Ducasse, Arnaud Faye, Guillaume Gomez, Guy Krenzer, Michel Roth, Nina Metayer, Olivier Couvin, Olivier Roellinger, Philippe Etchebest, Philippe Mille, Régis Marcon, Sébastien Bras, Thierry Marx, ou encore Yannick Franques. (Tribune à lire sur le site de nos confrères de La tribune du Dimanche.)
Le projet de loi
Le projet de loi propose une expérimentation sur trois ans pour « L’instauration d’un enseignement d’éducation à l’alimentation obligatoire à l’école », sans ajouter une nouvelle matière mais en s’intégrant dans les programmes « ouverts » déjà existants, dès la maternelle et jusqu’au lycée professionnel. En bref, au moins une séance par trimestre consacrée à l’éducation à l’alimentation, soit dans le cadre des corpus « Explorer le monde » en maternelle, ou « Sciences et technologies » au primaire, jusqu’aux projets de parcours éducatifs de santé au Lycée : « On demande simplement à ce que l’éducation à l’alimentation soit obligatoirement abordée et sanctuarisée. »
Un sujet qui dépasse les clivages
Il n’est pas simple actuellement d’avoir un consensus politique, mais nous pouvons espérer que sur un sujet tel que celui-ci, les députés peuvent se rassembler au-delà des clivages. Et puisqu’ils ont voté la PPL à l’unanimité en commission, il est probable qu’il en soit de même en séance.
Réponse ce soir, ou si la présentation du projet est reportée, en mars ou en avril. Mais le PPL a été déposé le 18 novembre 2025 et il est bien « inscrit sur la feuille verte », et donc entré dans le processus parlementaire, il sera bien examiné.
Affaire à suivre, donc !
Pour aller plus loin, retrouvez ci-dessous quelques éléments sur l’étude et sur le projet de loi :
Les détails de l’étude :
1) Le constat partagé d’un manque d’éducation alimentaire
Le sondage OpinionWay commandé par Olivia Grégoire a été mené auprès d’un échantillon de 1 219 personnes représentatives de la population française de 15 ans et plus, interrogées en ligne entre septembre et octobre 2025.
Elle vise à mesurer le rapport des Français à l’alimentation, à la transmission familiale et au rôle de l’école.Premier constat : les Français sont conscients de l’impact de leur alimentation sur leur santé. Huit Français sur dix estiment que ce qu’ils mangent a un effet important sur leur santé mentale, et ce chiffre monte à 86 % chez les 15-25 ans. Pourtant, seuls un quart des Français déclarent manger systématiquement équilibré, varié et de saison.
Une transmission familiale inégale :
- 4 Français sur 10 disent ne pas avoir été initiés au bien manger par leurs parents.
- 64 % déclarent avoir découvert certaines bonnes habitudes seulement à l’âge adulte.
- 48 % estiment avoir dû rattraper un retard alimentaire une fois adultes.
Chez les jeunes, le constat est encore plus marqué :
- 49 % des 15-25 ans auraient aimé recevoir une meilleure éducation alimentaire.
- 43 % regrettent certaines habitudes non transmises par leurs parents.
Par ailleurs, l’étude montre le poids croissant des réseaux sociaux dans l’apprentissage culinaire :
- 25 % des jeunes disent s’être initiés au bien manger grâce aux réseaux sociaux.
- Plus de 90 % des 15-25 ans y trouvent des recettes simples, équilibrées ou de saison.
Enfin, le rôle de l’école apparaît comme une attente forte :
- Seulement 9 % des Français disent avoir été initiés au bien manger par l’école.
- Mais 80 % estiment qu’elle doit jouer un rôle important.
- Et 87 % se disent favorables à un enseignement obligatoire sur l’alimentation.








Les détails du projet de loi :
La proposition s’articule autour de trois axes :
1) Une expérimentation d’un enseignement obligatoire
Mise en place, pendant trois ans, dans des académies volontaires, d’une éducation à l’alimentation de l’école primaire au lycée, intégrant théorie, pratique et restauration scolaire.
À l’école primaire, cet enseignement comprendrait au moins trois séances par an, avec des activités pratiques :
- ateliers sensoriels,
- cuisine,
- découverte des produits et des saisons,
- visites de producteurs.
2) La création d’un fonds d’action
Ce fonds, alimenté par des financements publics et privés, servirait à :
- financer des activités pédagogiques,
- rénover les cantines,
- former le personnel,
- aider les communes les plus modestes.
3) Une inscription claire dans le code de l’éducation
Le texte vise à donner un cadre juridique et pédagogique plus précis à l’éducation à l’alimentation, avec des outils nationaux, une plateforme de ressources et une certification des intervenants.
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