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Cours du blé et meuniers indépendants Bio

by Anne Garabedian

Face à l’explosion du cours du blé et les prévisions d’augmentation des prix de la farine, nous nous sommes demandés si cette conjoncture allait impacter les tarifs de nos meuniers français Bio en circuits courts. Réponses d’Henri de Pazzis, meunier à Maillane, et précisions de Christelle Garnier, vice-présidente du label Bio-Équitable en France.

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Henri de Pazzis, meunier à Maillane

Quand on a une question sur le cours du blé, on appelle Henri de Pazzis. Notre meunier de Maillane est à cette heure sur le pont d’enfourner dans sa boulangerie de Saint Rémy de Provence, mais il prend le temps de m’éclairer sur ma question existentielle du matin.

  • Le Cœur des Chefs : Henri, l’explosion du cours du blé va-t-elle avoir une incidence sur les prix des farines françaises de petits producteurs, qui travaillent en bio et vendent en circuits courts ? 

Henri de Pazzis : « En ce qui me concerne, pas d’augmentation en vue. À ce jour, je n’ai aucune raison d’augmenter le prix de ma farine. La raison est simple : le bio est totalement indépendant du cours mondial de blé. C’est même notre vocation de nous extraire de ces cours de marché afin de fixer nos prix en fonction de notre coût réel de production. » 

  •  Le Cœur des Chefs : Dans ce cas, pourrait-on envisager que l’actuelle différence importante de prix entre farines industrielles et farines bio des meuniers indépendants puisse se réduire ?

Henri de Pazzis :  » Bien sûr, c’est possible. Il m’est même arrivé de vendre au magasin des courgettes Bio moins chères que du conventionnel car nous ne sommes pas des spéculateurs. A partir du moment où le prix est juste et qu’il rémunère le producteur, nous n’avons pas de raison d’augmenter nos prix. Et à fortiori pour les circuits courts qui ont pour vocation de ne pas se placer sur des marchés spéculatifs. » 

Précision sur les surcoûts avec Christelle Garnier

À cela, Christelle Garnier, vice-Présidente du label Bio-Équitable en France, ajoute une nuance. Je l’attrape au vol entre deux livraisons de ses volailles : « En théorie, quand le cours mondial explose, c’est le conventionnel qui est impacté et non le bio qui est totalement indépendant. Mais il faut tout de même prendre en compte le surcoût de la production bio qui découle du contexte actuel. Nous avions déjà une augmentation du prix de la main-d’œuvre et à cela s’ajoute l’explosion actuelle du gasoil et les problèmes d’approvisionnement d’engrais organique de type fumier. Toute la chaîne peut en prendre un coup. Pour fixer les prix nous partons des coûts réels de production et de la rémunération juste des producteurs, donc il est possible qu’il y ait également une hausse de notre côté. » 

Réduire l’écart entre le conventionnel et le bio

« Cela dit, avec le coût exponentiel de l’alimentation des bêtes en conventionnel, il est possible que le prix de la viande industrielle devienne plus important que celui de la viande bio. En tout cas, l’écart va se réduire. Dernière remarque, quand les producteurs ne sont plus en conversion bio mais sont entrés de plain pied dans la démarche, ils ne sont plus aidés financièrement. Pourtant, ils ne peuvent pas répercuter totalement ce manque-à-gagner sur leurs produits. C’est mon cas et je m’accroche ! »

À lire également : Le Prix du pain

Réaction à la campagne Leclerc sur « la baguette à 23 centimes » : Alors que nous ne cessons d’affirmer, soutenant les agriculteurs français, que se nourrir avec une alimentation de qualité a un prix, cette campagne va totalement à contre-courant des efforts de toute une filière. Remettons un peu les arguments en perspective. Article à Lire ici.

Pour aller plus loin : 

Dossier spécial « Nourrir la France »

Dans le dossier spécial « Nourrir la France » réalisé en pleine crise Covid, nous avions apporté plusieurs réflexions complémentaires : en préambule, il faut faire le point sur le budget alimentation des Français qui est passé de 30% dans les années 60 à 13 % aujourd’hui : autant dire que dans notre budget global, se nourrir n’est plus une priorité.

Le dossier « Nourrir la France » est à lire dans le magazine Numéro 8 (à commander ici). Vous y trouverez : 

  • « L’exemple effarant de la Fraise », comparatif entre les coûts de production d’une fraise française et d’une concurrente espagnole.
  • « Le budget alimentation des Français », comparatif avec les pays européens. (Chiffres 2018)
  • « Faire ses courses est un acte citoyen », par Xavier Alberti, Président des Collectionneurs.
  • « La valeur des choses » : Christelle Garnier, agricultrice en céréales bio, BioCoop.
  • « Dis-moi quel boulanger tu es » : Pierre Ragot proteste contre les farines de contrebande.
  • « Des vaches, du lait, du beurre, beaucoup d’amour » : le quotidien combatif d’agriculteurs français en Anjou, Mickaël et Mélanie Loiseau, Belle Miss’Terre.

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